l’essentiel
Au deuxième jour du procès de Joël Bourgeon, accusé du meurtre de Martine Escadeillas le 8 décembre 1986 à Ramonville, les témoins ont défilé à la barre. Chaque partie et retrouve force des éléments à retenir. Quant à l’accusé, silencieux, il attend.

Plus 11 heures d’audience, dix témoins, la deuxième journée d’audience du procès de Joël Bourgeon, 58 ans, tient du marathon devant la cour d’assises de la Haute-Garonne. Avec des personnages très attendus, comme Thierry Milicevic, ex-petit ami de Martine Escadeillas, tourné le 8 décembre 1986 à Ramonville-Saint-Agne. On imagine cet homme hanté par cette histoire depuis 35 ans prêt à tout déballer, agresser l’accusé, son ancien ami, cracker son mépris.

Il n’est pas comme ça, Thierry. Ses mots sont aussi mesurés que sa peine est réelle. « La disparition ? Un très gros un choc. J’ai tout perdu avec Martine, tout mon petit monde. » Le Président Roussel a multiplié les questions et obtenu en réponses quelques mots presque gênés. En colère contre l’accusé désormais ce retraité de 61 ans ? Sûrement aussi mais il ne le verbalise pas. « A friend? J’ai deux amis, toujours à mes côtes. Lui, il ne m’a jamais fait signe… » argile », décrit par Daniel Soucaze.

« L’agresseur connaissait les lieux »

Cet officier de la gendarmerie à la retraite a repris l’enquête entre 1995 et 1999. « Si j’avais été plus brillant, l’accusé aurait été arrêté avant », souligne-t-il. Titillé par la défense sur des pistes désavantagées, « aussi intéressantes que celle de Bourgeon », vite balayées comme Patrice Alègre, le tueur en série, ou les soupçons sur le milieu professionnel, l’officier reste ferme. « On peut tout envisager mais les éléments matériels subsistent : l’agresseur connaissait les lieux, la cave de Martine, les chaînes que ne fermait pas. » C’était le cas de Joël Bourgeon. « Pas des autres », pensa l’enquêteur.

Et cette femme du 4e étage que alertée par les cris, a quitté son appartement le 8 décembre 1986. Elle aperçu « un homme accroupi sur une femme. Rien ne bougeait, inerte ». Puis 5 ou 10 minutes plus tard, des cris et le mot « police ». « Je savais que vous étiez de la police », pensa-t-elle. Une piste qui a longtemps perdu les enquêteurs.

Je Frédéric David, l’avocat de la famille Escadeillas s’énerve, me reproche médecin « de décrire ce que vous n’avez pas pu voir » et « de ne pas avoir porté assistance à cette femme qui appelle à l’aide. . . » L’incident éclate, ça hurle entre les fêtes et cette femme de 72 ans ne bouge pas, fataliste.

Arrive la femme qui, passé la lettre de janvier 2016, j’ai relancé l’enquête. « Je n’ai pas accusé M. Bourgeon je me suis étonné », dit-elle, presque candide. « Vous n’êtes pas la main du complot », ironise, malin, l’avocat général Nicoals Ruff. « J’ai dit qu’est-ce que tu en penses. » Et ni Me Mouton ni Me de Boyer-Montaigut ne sont parvenus à la faire trembler, ni même vaciller.

Soustraire Anne-Patricia. Jolie femme, élégante, la voix posée. Joël Bourgeon a quitté Toulouse en 1987 pour les retrouvailles à Lyon. « Plutôt une surprise. Il n’a pas débarqué du jour au lendemain. Je pensais qu’il m’en a parlé avant les fêtes mais ce n’était pas prévu », avoue cette femme qui en 1987 avait juste 16 ans. D’abord chez ses parents, « ma mère n’était pas très contente », puis dans un appartement.

« On s’est installé ensemble un peu plus tard ». L’idylle n’a pas duré. « Je pensais que je n’essaierais plus jamais. Une fois, sa mère s’est trouvée là avec son frère, il a explosé parce que je voulais sortir. » Des coups et une rupture, en 1990. Il a offert une bague et une montre qui, peut-être, appartenait à Martine Escadeillas. « Il n’y avait pas trop de raison, ni d’occasion… » La défense essaye de contester, sans même insister.

Joël Bourgeon n’a pas ouvert la bouche de la journée. Ce mardi, il va parler. En fin.

Lors de son arrestation, « docteur Jekyll et M. Hyde »

Ancien collègue de Joël Bourgeon, « je l’ai engagé en 2005 », le directeur des ressources humaines de la société dans la banlieue de Grenoble où travaillait l’accusé raconte l’employé « compétent mais pas toujours facile » avec qui il a travaillé « Jusqu’en 2019, le jour de son arrestation ». Entre la DRH et le délégué du personnel, et le syndicaliste, les relations ne sont pas faciles pour tout le monde. Comme dans la majorité des sociétés.

Mais ce témoin raconte aussi l’arrestation de Joël Bourgeon. « Nous sommes allés le chercher dans la classe. J’ai poursuivi aux gendarmes pour rester en retrait et j’ai poursuivi à Joël de sortir. Quand il a vu les gendarmes, et entendu ce qu’on lui reprochait, il n’a pas réagi, pas un mot. On est reparti à mon bureau. Le site est grand. Ces deux petites minutes m’ont semblé durer des heures. Joël, tête basse, ne disait rien. Dans mon bureau, les gendarmes ont parlé d’ Homicide, de Toulouse… Il n’a pas broché. Nous nous sommes regardés avec mon assistante. Nous étions soufflés. Entre l’employé, le syndicaliste que je connaissais et cet homme-là, à ce moment-là, c’ était vraiment docteur Jekyll et M. Hyde. »

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Gabriel Durant est un journaliste et écrivain français spécialisé dans la région Occitanie. Né dans la ville de Perpignan, Gabriel a toujours été passionné par l'histoire, la culture et la langue de la région. Après avoir étudié la littérature et le journalisme à la Sorbonne, il a commencé à écrire pour le site web Vent d'Autan, où il couvre un large éventail de sujets liés à l'Occitanie. En plus de son travail de journaliste, Gabriel est également un romancier accompli.

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