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Le nouveau pôle judiciaire « cold cases » a été créé le 1er mars 2022, à Nanterre (Hauts-de-Seine), s’attaque aux affaires criminelles non résolues en France. Homicides, disparitions, viols, une centaine de dossiers ont déjà été examinés. D’autres affaires devaient suivre. Un roman espoir pour les familles de victimes.

Les cold cases, ces affaires non elucidées, popularisées dans les séries TV américaines, n’ont pourtant pas grand-chose à voir avec les fictions du petit écran. Après le 1er mars 2022, un centre judiciaire basé à Nanterre (Hauts-de-Seine) étudiait exclusivement les crimes en série dans les dossiers complexes et non résolus. Le genre d’affaires que ne traite pas comme à la télé mais que demande, au contraire, une pugnacité et une patience à toute épreuve pour confondre un tueur ou traquer un violaeur en série.

Cette nouvelle juridiction dont la maine mission est de plaquer un nouveau regard sur de vieilles affaires criminelles s’est déjà d’une centaine de dossiers dont ceux du tueur en série décédé en mai 2021, Michel Fourniret ou de Nordahl Lelandais, l’ancien maître -chien condamné à perpétuité en février 2022 pour le meurtre de la petite Maëlys.

Dans notre région, la disparition de Marion Wagon, à Agen, en novembre 1996, reste emblématique des énigmes criminelles dont l’origine est souvent liée à la fragilité des premières investigations, aux ratés d’une enquête. L’installation du pôle qui devrait monter en puissance dès septembre 2022 avec un renfort de magistrats passe bien au-delà d’un simple dépoussiérage de vieux dossiers. « Il s’agit surtout d’instaurer une véritable culture du cold case en décloisonnant les juridictions pour avoir une mémoire criminelle de toutes ces affaires », décrypte le procureur général de Grenoble, Jacques Dallest, qui a mis sur les rails cette juridiction nationale.

200 affaires pénales éligibles

Après plus d’un mois, les principaux services de la police judiciaire ont classé plus de 200 dossiers éligibles à la nouvelle juridiction avant que le pôle de l’instruction ne fasse un travail de ciblage plus précis de ces affaires. L’Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP), de la Direction centrale de police judiciaire, et la cellule Diane de la gendarmerie (lire ci-contre) sont les principaux pourvoyeurs d’affaires non élucidées. Ces dossiers parfois vieux de plus de 30 ans, n’ont pu être menés à leur terme faute d’indices exploitables. Retracer le parcours de tueurs en série, à la lumière de nouveaux éléments, en croisant leur itinéraire avec des crimes ou des disparitions mystérieuses de classées depuis ces dernières années : tel est le mais premier attribué au nouveau pôle cold case.

C’était le cas dans l’affaire du «Grélé», François Vérove, cet ancien gendarme et policier, qui s’est suicidé en septembre 2021 au Grau-du-Roi (Gard) et qui serait l’auteur de quatre homicides et de plusieurs viols commis de 1986 à 1994. Véritable mystère, le meurtre de Christian Giordan, à Eaunes, au sud de Toulouse, le 29 novembre 2001, est toujours sans réponse. Qu’est-il arrivé à l’information de la CPAM, tué d’une balle de 22 long rifle à bout portant, alors qu’il quittait domicile pour se rendre à son travail ? Après 1997, à Toulouse, les dossiers de disparitions et crimes de jeunes femmes sont rouverts après l’interpellation du tueur en série Patrice Alègre. Hélène Loubradou, Valérie Réorda, Emmanuelle Sanchez et Corinne Lazzari, des femmes tuées ou disparues, à la fin des années 80 ou début 90, sans que la justice n’ait pu mettre un visage sur leur tortionnaire. Dans le meurtre énigmatique d’Édith Schleichardt, près de Toulouse, en septembre 1990, la pugnacité du juge Fabrice Rives a toutefois permis d’écarter la thèse du suicide et la piste Alègre.

Des dossiers sous le coup du délai de prescription

Aujourd’hui, tous ces dossiers emblématiques sont sous le coup du délai de prescription. Il était de dix ans pour un crime, avant la nouvelle loi de 2017. Il est de vingt ans depuis cette date, toujours après le dernier acte d’enquête. A l’heure actuelle, « aucun dossier d’affaires non elucidées n’a été transféré au pôle de Nanterre », précise le parquet général de la cour d’appel de Toulouse. Même si « certains dossiers pourraient faire l’objet d’une transmission après une étude approfondie ».

En France, pour toutes ces familles endeuillées et en quête de vérité, cette nouvelle juridiction est aussi le signe d’un nouvel espoir.

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