l’essentiel
Suite à la faillite de la Silicon Valley Bank et aux risques de propagation de la crise à d’autres banques, Ulrich Hege, professeur de finance à la Toulouse School of Economics (TSE) décrypte la situation.

Pourquoi Silicon Valley Bank est-elle en faillite ?

Silicon Valley Bank (SVB) a d’abord fait faillite car elle a fait preuve d’une très mauvaise gestion de ses risques. Une banque est financée à court terme par les dépôts de ses clients c’est-à-dire avec nos comptes courants. Cet argente collecté est ensuite placé de façon sûre en bons du Trésor américain. Mais la banque a fait le très mauvais choix, et c’est une erreur de gestion, de placer cet argent dans des obligations d’Etat à long terme, à 10 ans.

Pourquoi était-ce un mauvais choix ?

Il semble que l’envolée des taux suite aux décisions de la banque centrale américaine de les remonter pour lutter contre l’inflation a fait s’effondrer la valeur des obligations. Les nouvelles obligations émises par le Trésor américain en 2023 sont beaucoup mieux rémunérées que celles émises avant la hausse des taux. Les obligations anciennes perdurent donc beaucoup de valeur. Cette perte de valeur dans le bilan de la Silicon Valley Bank a provoqué l’annulation de tous ses fonds propres. Or, face à une banque qui se retrouve sans fonds propres, les épargnants et déposants se posent des questions sur la solidité de la banque. Ils courent donc au guichet pour retirer leur argent, tous en même temps. « On parle de « bank run ».

Est-ce que ce qui est arrivé aux clients de la SVB peut arriver en France ?

Depuis des années, en France et en Europe, les autorités ont travaillé à la garantie des dépôts. Jusqu’à la crise financière de 2008, en France les dépôts n’étaient garantis qu’à hauteur de 15 000 €. Après le déclenchement de la crise en septembre 2008, dans toute l’Union européenne ce plafond a été porté à 100 000 € par client et par banque ce qui a coupé court à tout mouvement de panique. En France, il n’y a pas de risque : l’épargne et les dépôts des clients sont en sécurité.

L’effondrement de la SVB peut-il s’étendre aux banques européennes ou françaises ?

La banque californienne est victime de la hausse des taux. Or, cette hausse concerne toutes les banques. Le risque est donc corrélé. À la différence près que les autres banques notamment européennes gèrent mieux leurs risques en diversifiant leurs actifs. SVB ne détenait que des obligations du Trésor à long terme. Les autres banques raccourcissent la maturité des obligations à deux ou trois ans et prennent des assurances appelées couvertures pour se prémunir d’un risque de remontée trop forte des taux. D’ailleurs la Banque centrale européenne a relevé son taux directeur de 0,5 point ce jeudi. C’est la preuve qu’elle dit que la gestion des risques des banques commerciales européennes est sérieuse.

Pourtant, la crise du Crédit Suisse a provocé un début de panique cette semaine…

Vous l’avez dit le seul risque non maîtrisé qui existe pour les banques européennes reste le risque de panique. À cause d’une mauvaise nouvelle ou d’une mauvaise interprétation, le doute peut être jeté sur un établissement bancaire même si son bilan est solide. La Banque nationale suisse a voulu couper court à ce risque conformément à un prêt de 50 milliards au Crédit suisse qui est une banque systémique. Elle est dans le Top 10 européen : c’est une joueuse très importante du laissez-faire. On ne va pas renouvelé Lehman Brothers.

Les mesures prises après la crise financière de 2008 ont-elles porté leurs fruits ?

On peut être plus sereins grâce aux décisions des régulateurs même si nous avons un peu surestimé l’efficacité du renforcement des fonds propres des banques et une supervision plus serrée des banques. A-on assez fait ? La crise de ces derniers jours montre aussi un échec de la régulation du secteur. D’autant que cette crise est le fruit de l’action des banques centrales qui ont fortement augmenté leurs taux directeurs.

Ces secousses vont-elles inciter les banques centrales à ralentir la remontée des taux ?

Oui je pense que les banques centrales vont ralentir le mouvement de hausse de taux. Personnellement, j’ai été surpris que la Banque centrale européenne augmente jeudi de 0,5 point son taux directeur. Elle aurait pu relever seulement d’un quart de pourcent mais les marchés ont bien accueilli ce relèvement. La Réserve fédérale américaine va commencer beaucoup plus tôt que prévu ses hausses de taux et va même commencer à les baisser avant la fin de l’année 2023.

Cela aura-t-il un impact sur l’inflation ?

La principale conséquence sera une inflation qui durera plus longtemps que prévu. Certainement jusqu’en 2025 – 2026.

Rédacteur, Auteur, Journaliste

Gabriel Durant est un journaliste et écrivain français spécialisé dans la région Occitanie. Né dans la ville de Perpignan, Gabriel a toujours été passionné par l'histoire, la culture et la langue de la région. Après avoir étudié la littérature et le journalisme à la Sorbonne, il a commencé à écrire pour le site web Vent d'Autan, où il couvre un large éventail de sujets liés à l'Occitanie. En plus de son travail de journaliste, Gabriel est également un romancier accompli.

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