l’essentiel
Avec sa chronique « Sans filtre »: peau de chagrin, parue ce dimanche dans « La Dépêche du Midi », la journaliste Mémona Hintermann a fait réagir le docteur Serge Dahan, président du Groupe Dermatologie Esthétique et Correctrice de la Société Française de Dermatologie.

Les dermatologues ont récemment fait l’objet d’une controverse à propos de leur spécialité réduite à « peau de chagrin » en raison du numerus clausus, et de « l’appât du gain » qui les verrait privilégier les consultations esthétiques par rapport aux consultations médical. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Je comprends les patients qui ont du mal à obtenir un retour. Après le Covid, le problème s’est accentué. Avant, j’avais des rendez-vous à deux trois mois. Aujourd’hui, je suis – en médical – à des rendez-vous à six mois, huit mois, également un an. C’est sans précédent ! Et je fais beaucoup de médical, des biothérapies, de la cancérologie… Mais on n’en peut plus, on est sous l’eau. En 5 à 10 ans, avec l’âge de la retraite des baby-boomers, c’est passé de 6 000 à 3 500. Les 25% de ceux qui resteront partiront à l’âge de 2030. Le problème c’est qu’après 2019, seulement 90 à 100 internes en dermatologie sont formés chaque année, quand il en faut au minimum 120 pour combler ces départs et retrouver des délais de rendez-vous corrects.

Pourquoi les dermatos en activité consacrent-ils autant de temps aux rendez-vous d’esthétiques réputés plus rémunérateurs ?

On ne peut pas dire qu’on fait tous de l’esthétique ou qu’on ne fait que ça. Il y en a, oui, mais ils sont très minoritaires. Le plus souvent, ce sont des médecins dermatologues qui sont en fin de carrière. Les jeunes eux, font très peu d’esthétique.

Dans un contexte de pénurie médicale, les dermatologues ne devraient-ils pas privilégier les rendez-vous médicaux par rapport aux rendez-vous esthétiques ?

Il faut comprendre que les dermatos sont les seuls, avec les plasticiens, à suivre une formation en esthétique dans leur cursus. Si nous nous détournons de cette spécialité, l’esthétique va aller chez les sauvages.

Chez les sauvages, que veux-tu dire ?

L’esthétique fait partie de notre travail. Ou aujourd’hui, des personnes sans qualification injectent quoi, n’importe comment. Un mois mes confrères me signalent recevoir un patient dont le lait ne sera pas déformé par une injection d’acide hyaluronique, par une aide-soignante qui officie à son domicile et distribue les fiches « professionnelles » sans bien sûr faire mention de son nom . J’ai pensé à une deuxième victime, brûlée pour un gommage dans un « beauty bar » de la périphérie toulousaine. Ces pratiques sont illégales et dangereuses ! Séoul, les médecins ayant une compétence avérée peuvent prodiguer des soins sûrs, dans le respect des connaissances et des techniques les plus récentes. Donc, on ne peut pas laisser complètement de côté l’esthétique dans nos rendez-vous.

Comment expliquer ce soupçon, toujours, sur l’esthétique ?

Il ne faut pas considérer l’esthétique comme quelque chose de futile, simplement parce qu’il a déjà un rapport à l’argent. Non! Il faut que ce soit fait par des gens qualifiés. Ou, les deux spécialités qui sont reconnues dans la matière, ce sont les dermatos et les plasticiens. Pourquoi vouloir-nous et renoncer ? D’autant qu’avec les mêmes techniques esthétiques, nous accomplissons des actes médicaux. Les cicatrices d’acné, par exemple, sont traitées par laser fractionné. On utilise le peeling et le laser. Quand nous intervenons sur des couperoses, nous programmons du laser dans un second temps… C’est à la fois médical et esthétique. Tout cela se mélange complètement.

On vous envoyé dépité !

Le problème, c’est qu’on n’a plus de dermatos. Les jeunes ne s’installent pas et notre spécialité a évolué. Personnellement, mon temps médical n’a pas varié depuis que je me suis installé, et j’ai rajouté un temps pour l’esthétique. Du coupé, je travaille de 8h à 20h en continu. Je ne mange plus à midi. Et je ne suis pas le seul. Nous sommes tous sous la pression de ces rendez-vous qui s’enchaînent. Vous savez, on a send de sauver le monde quand on fait médecine, sans quoi nous suggérons choisi une autre activité.

Avez-vous tiré la sonnette d’alarme auprès du ministère de la Santé ?

Oui, sur le pneu sans arrêt. Il faut supprimer pour de bon le numerus clausus, car aujourd’hui il y a toujours une régulation, c’est un fait, en dépit de l’évolution du numerus clausus. Par conséquent, les jeunes vont faire leur formation de médecin à l’étranger, ce qui est honteux. Soit l’État se donne les moyens d’anciens médecins, soit il dit qu’il n’a pas d’argent, et il faut alors accepter que s’ouvrent des formations privées en France ! Aujourd’hui, nous sommes débordés. Le burn-out se termine avec les médicaments. Au Conseil de l’ordre des médecins, à Toulouse, une section s’occupe de ce fléau, c’est dire son ampleur.

Rédacteur, Auteur, Journaliste

Gabriel Durant est un journaliste et écrivain français spécialisé dans la région Occitanie. Né dans la ville de Perpignan, Gabriel a toujours été passionné par l'histoire, la culture et la langue de la région. Après avoir étudié la littérature et le journalisme à la Sorbonne, il a commencé à écrire pour le site web Vent d'Autan, où il couvre un large éventail de sujets liés à l'Occitanie. En plus de son travail de journaliste, Gabriel est également un romancier accompli.

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