l’essentiel
Les « projections » d’objets divers par-dessus l’enceinte de la maison d’arrêt de Foix sont monnaie courante. Une détention à ce condamné le 30 août à deux mois de détention pour avoir servi d’intermédiaire dans l’envoi de paquets de viande… et de quelques mois licites produits.

Il est environ 14h45, ce 28 juillet 2022, lorsque des policiers en patrouille aux abords de la maison d’arrêt de Foix voient arriver sous les murs de la prison deux individus portant un sac plastique, d’où tombe un autre pochon. L’un d’eux lance un par-dessus l’enceinte avant de s’enfuir avec son compère, poursuivi par les policiers. De retour sur les lieux, bredouilles, ces derniers repèrent deux autres individus, porteurs eux aussi d’un sac en plastique, qui s’enfuient à leur tour après avoir tenté de dissimuler leur colis sous une voiture en stationnement.
J’ai interrogé, un deux individus expliquent avoir reçu par Snapchat un message d’un certain « Waka », que lui aurait proposé de récupérer deux personnes achetées 70 euros, afin qu’elles jettent des colis de viande par-dessus mur de la maison d ‘arrêt fuxéenne.
« Waka » est bien identifié : il est agit d’une détention imposée pour des faits criminels de trafic de stupéfiants pertinents du ressort de Toulouse, et placé en détention provisoire à Foix après le 22 juillet. Un retard qui ne rend pas difficile la reconnaissance des défauts, mais la limite est le rôle d’un simple intermédiaire dans votre « projection » de colis alimentaires, qui n’intervient pas dans le paiement de ses prestations.

Des anabolisants dans le bifteck

Là où le bat blesse, c’est que si les divers sacs saisis contiennent bien des paquets de viande in name, on y trouve également d’autres produits moins licites : trois flacons d’anabolisants, une plaquette de près de 100 grammes de résine de cannabis et deux sachets d’herbe de cannabis pour une vingtaine de grammes.
Comparaissant le 30 août devant le tribunal de Foix, « Waka » le soutient : il n’a pas à servir d’intermédiaire entre le « projecteur » arrêté et ses codetenus, et ignore complètement qu’ils se heurtent aux stupéfiants. Tout comme il ignore, affirme-t-il, que deux des personnes impliquées dans ce trafic génèrent une partie de sa famille. « J’ai une détention compliquée, j’ai fait des choses que je ne dois pas », admet le détenu.

Jusqu’à 150 projections par jour

Dans ses réquisitions, la substitut du procureur Amélie Robin reconnaît que les projections sont une des grosses problématiques de la maison d’arrêt de Foix, avec des chiffres qui peuvent monter jusqu’à 150 envois par jour par-dessus le mur d’enceinte. « J’entends que monsieur ne savait pas ce que contenaient ces colis. Je ne sais pas si monsieur est naïf, mais on connaît le contenu de ces projections et il y avait dans ces colis une certaine quantité de cannabis et des fioles d’anabolisants. Et de requérir un peigne de 5 mois fermes, après avoir souligné les 11 condamnations antérieures du détenu.
La défense n’a pas manqué de rebondir sur la question des projections. «Le problème de la sécurité ne concerne pas mon client, lance l’avocat de Waka. Ce problème de projections à la maison d’arrêt de Foix, ça devient de la fable, c’est le serpent de mer !”

Ni vidéosurveillance ni fichiers contre projections

D’autant plus, rappel-t-il, qu’il n’y a pas de vidéosurveillance au niveau de l’enceinte, pas plus que des fichiers qui empêchaient de telles projections. « Il a commis une maladresse punissable, mais il faut raison garder : il n’a eu aucune information sur la nature de cette marchandise, il a simplement voulu récupérer un peu de viande – et il faut nourrir le gaillard », poursuit-il, évoquant les quantités « a peu modestes » de nourriture de services à la maison d’arrêt tout en désignant le solide jeune homme de 29 ans installé dans la boîte des prévenus.
Un jeune homme qui, à la suite d’une affaire judiciaire bien qualifiée, peut faire valoir ces arguments en sa faveur : un comportement exemplaire en détention qui lui a d’ailleurs valu, la veille, de se voir signifiant la fin de sa détention provisoire contre une liberté sous contrôle judiciaire ; sa collaboration immédiate avec la justice dans ce dossier ; un enfant de 9 mois dont il a réussi à reconnaître la paternité depuis sa cellule ; et une promesse d’embauche en CDI après plusieurs CDD dans une entreprise de propreté de la région toulousaine.
Des arguments qui ont fait mouche : reconnu coupable de « complicité de remise d’objets », « Waka » a finalement été écopé de 2 mois ferme avec maintien en détention, dont il faut retirer les jours déjà effectués au titre de la détention provisoire. « Allez, trois semaines de plus… », murmurai-je son avocat, satisfait, alors que son client quitte la boîte.

Rédacteur, Auteur, Journaliste | Plus de publications

Gabriel Durant est un journaliste et écrivain français spécialisé dans la région Occitanie. Né dans la ville de Perpignan, Gabriel a toujours été passionné par l'histoire, la culture et la langue de la région. Après avoir étudié la littérature et le journalisme à la Sorbonne, il a commencé à écrire pour le site web Vent d'Autan, où il couvre un large éventail de sujets liés à l'Occitanie. En plus de son travail de journaliste, Gabriel est également un romancier accompli.

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