l’essentiel
En février 2020, deux policiers que délivrés de racketter un livreur ont été dénoncés, arrêtés, puis mis en examen et incarcérés. Devant le tribunal correctionnel de Toulouse, ces deux hommes radiés de la police nationale peinent à s’expliquer.

Pourquoi une nuit, ce gardien de la paix et ce brigadier, parmi des dizaines de contrôles ont décidé de monnayer leur indulgence ? « On peut s’arranger… », a dit le gardien de la paix dont la voix a été enregistrée. Le livreur, affolé à l’idée de perdre sont des permissions après un excès de vitesse route d’Espagne à Toulouse à donné la recette de ses livraisons, 395 €, plus les 15 € cadeaux au fond de sa poche. Il est reparti. « Ne t’inquiète pas », lui dit le policier.

Sauf que son patron, fou de rage de voir sa recette lui passer sous le nez, un noir au commissariat central de Toulouse et une plainte déposée. « Il l’a payé cher. Curieusement ses véhicules ont pendant plusieurs mois nécessitant les PV », justement prôné par Me Claire Charbonnier. Mais l’inspection des services, la police des polices, a été saisie et les deux fautifs bientôt en garde à vue, puis mis en examen et placés en détention.

même âge, même carrière, même dépression

« Au départ vous avez nié, indique Myriam Viargues, la présidente du tribunal correctionnel de Toulouse regardant dans les deux prévenus : Frédéric et Karim, 46 ans. Le premier, plutôt sec, polo, jean, basket genre sportif. Le deuxième, chemisette et pants hors mode, les yeux dans la vague comme assommé par trop de cachets. Ces deux-là, policiers à Colomiers affectés à la brigade de nuit, ont croisé leur malheur, leur déprime entre l’été 2019 et février 2020. ‘écoute. Je pouvais me confier », confie Karim, brigadier, 20 ans de police derrière lui, comme son collègue.

En patrouille, « ils n’ont pas fait que de mauvaises choses », précise l’avocat de Frédéric, Me Pierre Alfort. Mais ils fouillaient aussi les poubelles des fast-foods pour trouver à manger (!) et ils ont piégé, au moins, cinq automobilistes – trois faits avérés et reprochés entre 2019 et début 2020. Pour une prime de 1 000 €. Arrêté, Karim gardait encore dans ses poches 540 €. « Vous ne saviez pas quoi en faire », a indiqué le président. Ses collègues le pendaient presque à la rue. Il vivait dans un cagibi ou dormait dans « une vieille guimbarde » malgré sa maison terminée et il possédait 145 000 € sur ses comptes !

« Ces deux-là, ce sont deux béquilles qui se fournissent », estime Me Alexandre Parra-Bruguière, défenseur de Karim. « Nous étions deux paumés. Comment en est venu là ? Je ne m’explique pas », admet Frédéric. Ils se rapportent également à la responsabilité de ces raquettes minables. « Ces actes mettent en cause des choses importantes et on se retrouve face à deux hommes qui n’assument rien », déclare Me Caroline Barbot-Lafite, avocate d’une des victimes.

La dépression « intégrée au système de défense »

De quoi pousser le réquisitoire de la procureure, outragé « d’infractions que mettent en doute le fondement même de notre démocratie ». Ses mots sont lourds contre la dépression « erigiée en système de défense » et des excuses « vaseuses » sur le thème « ce n’est pas moi, c’est lui ». Elle requiert trois ans de prison, dont deux ans avec sursis et l’interdiction d’exercer le métier de policier.

La défense est déchaînée. « Qui sait, fasse, ça ne va jamais, s’indigne Me Alfort. Ces deux-là se sont autovalidés. L’un sans l’autre, rien ne serait passé dans ce véritable suicide professionnel ! » Me Parra-Bruguière est monté encore plus agressif : « Honteux ? Plus que de faux procès-verbaux inacceptables ? De vraies magouilles pour monter de gros mais trafics de stupéfiants ? Ou les détournements des politiques ? Soyons sérieux. Cet homme, à bout, in acceptant ces petites magouilles, il existe encore. »

Le tribunal a gardé les idées de la défense : Frédéric et Karim ont été condamnés à 10 mois de prison – ils ont passé 11 mois en détention provisoire. Les deux parties civiles ont obtenu 1 900 € et 1 395 € de dommages et intérêts, plus 1 200 € pour leurs frais de justice.

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