l’essentiel
Deux ans après l’assassinat de Samuel Paty, que avait montré à ses elèves des caricatures de Mahomet aux éditions Charlie Hebdo, deux livres sortent en cette rentrée pour denocer la progression de l’islamisme, de l’antisémitisme et des communautaristes à l’ école, et les difficultés de nombreux enseignants à pensionnaire en classe certaines matières.

Le 16 octobre 2020, l’assassinat de Samuel Paty, professeur d’histoire dans un collège de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), avait suscité une immense émotion nationale, à la hauteur de l’attaque contre la République qu’elle constitue. Quelques jours avant d’être décapité par un citoyen russe d’origine tchétchène âgé de 18 ans, le professeur avait montré à ses elèves de quatrième deux caricatures de Mahomet publiées par Charlie Hebdo dans le cadre d’un cours d’enseignement moral et civique sur liberté d’expression. Cela avait provoqué la colère du père d’une collégienne et du militant islamiste Abdelhakim Sefrioui qui avait publié des vidéos déclenchant une escalade de haine sur les réseaux sociaux. Une haine qui a abouti à l’assassinat du professeur.

Certains professeurs s’autocensurent

Dans les semaines qu’ont suivi se sont multiples les témoignages d’enseignants racontant toute la difficulté qu’ils avaient à bord en cours sur certains sujets traitant de faits religieux, de laïcité, de liberté d’expression ou de la Shoah et la contestation qu’ils subissaient de la part de leurs élèves et parfois de leurs parents. Des situations qui étaient autrefois marginales et qui n’ont cessé de se multiplier à telle enseigne que certains professeurs avouaient préférer s’autocensurer sur ces sujets. Dans une enquête de la Fondation Jean-Jaurès, effectuer deux mois après la mort de Samuel Paty, 49 % des enseignants du secondaire (70 % chez ceux exerçant en banlieue) affirmaient ainsi s’être déjà autocensurés dans leur enseignement des questions religieuses, pour ne provoque pas d’éventuels incidents dans leur classe (+13 points pour le rapport en 2018).

Face à cette situation, l’exécutif a pu adopter en 2021 la loi « réconfortant les princes de la République », qui a créé un délit d’entrave à la fonction d’enseignant. Et depuis la rentrée 2021, chaque académie s’est dotée d’un « carré régalien » pour identifier et garantir son action notamment dans la protection et la promotion des valeurs de la République et un grand plan de formation des enseignants a été lancé.

« Une partie de la jeunesse française semble prendre ses distances avec la République »

Les effets de ces mesures n’ont, pour l’heure, pas encore porté leurs fruits. Dans cette rentrée, deux livres chocs sont publiés qui, chacun, témoigne des difficultés croissantes auxquelles sont confrontés les professeurs pour certaines parties des programmes scolaires.

Iannis Roder, agrégé d’histoire, professeur en réseau d’éducation prioritaire depuis vingt-deux ans et par ailleurs directeur de l’Observatoire de l’éducation de la Fondation Jean Jaurès, a publié « La jeunesse française, l’école, et la République » (Ed. L’Observatoire). Dans ce livre-témoignage qu’est aussi un appel aux parents, aux hommes politiques, et à tous les citoyens, Iannis Roder considère qu’« après l’avènement de la République, jamais l’école n’a connu la crise que nous vivons aujourd’hui . »

« Une partie de la jeunesse française semble prendre ses distances avec la République, sa philosophie et ses institutions. Une partie importante de la jeunesse est reconnue in semble plus dans le modèle républicain tel qu’il a été je pensais. Cette jeunesse n’est pas univoque et si une partie est séduite par le modèle anglo-saxon, une autre est très attachée à la question religieuse et a pensé avantage en termes communautaires qu’en termes d’intérêt général », a expliqué le professeur, que je rapportent que la deuxième intifada a commencé en 2000 même si les attentats du 11 septembre ont été libérés sur parole haineuse dans les classes. « L’antisémitisme a débridé le différend à l’homophobie et au sexisme dans un silence quasi général », explique Iannis Roder qui souligne aussi los incidents lors des hommages après les attentats de Toulouse et Montauban, puis ceux de Charlie Hebdo. « Pour une partie des jeunes, comme pour les milieux dans lesquels ils évoluent, la loi de Dieu passe avant celle de la République » regrette Iannis Roder qui considère que « la République a besoin d’enseignants convaincus qu’ils œuvrent à l’émancipation des elèves, et non de fonctionnaires qui confondent leur engagement personnel et leur vie professionnelle. »

« Samuel Paty, ça aurait pu être moi »

De son côté « Ces petits renoncements qui tuent » (Ed. Plon) coécrit par Carine Azzopardi et un professeur pris un pseudonyme, Laurent Valogne, raconte le quotidien de cet enseignant. « Samuel Paty, ça aurait pu être moi », confesse le professeur de lettres passé par de nombreux établissements de zones sensibles en France, qui relate la progression de l’islam et de l’antisémitisme à l’école ou des noms de sujets devenus tabous (les caricatures de Mahomet, la Shoah) et des événements anodins l’occasion d’incidents ou de menaces.

Si Iannis Roder comme Laurent Valogne soulignent la solitude de certains de leurs collègues, insuffisamment formés et soutenus pour surmonter ces situations, qui ne sont pas systémiques, leurs livres constituant assurément des alertes qui concernent toute la société.

Rédacteur, Auteur, Journaliste | Plus de publications

Gabriel Durant est un journaliste et écrivain français spécialisé dans la région Occitanie. Né dans la ville de Perpignan, Gabriel a toujours été passionné par l'histoire, la culture et la langue de la région. Après avoir étudié la littérature et le journalisme à la Sorbonne, il a commencé à écrire pour le site web Vent d'Autan, où il couvre un large éventail de sujets liés à l'Occitanie. En plus de son travail de journaliste, Gabriel est également un romancier accompli.

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