l’essentiel
Désigné six fois meilleur arbitre français dans la dernière décennie, Romain Poite (46 ans) vient de quitter l’arbitrage. Petit coup d’oeil dans le rétro.

Ouvrons la boîte à souvenirs. Quel est celui qui revient de suite ?
J’ai une multitude de bons souvenirs en plus d’avoir marqué pour moi la finale de la Coupe d’Europe Leinster – Northampton en 2011 qui était un match extraordinaire. Après tout, ce sont déjà des Coupes du monde, les retouches en phases finales plus c’est vrai que j’ai toujours aimé la Coupe d’Europe. Je voulais vraiment finir cette saison en arbitrant la Coupe d’Europe parce que c’est vrai que j’ai beaucoup d’affection pour cette grande et très belle compétition.
Qu’est-ce que tu plaisais dans cette compétition ? Le fait que les équipes soient plus libérées ?
C’est vrai qu’on ressent moins ce poids par rapport au championnat. Cela va beaucoup plus vite, les équipes sont davantage libérées, il y a beaucoup plus de jeu, de vitesse, d’impact. Et puis, c’est la chance d’arbitrer les meilleurs joueurs d’Europe, voire du monde puisqu’il y en qui venenent de l’hémisphère sud également. La Coupe d’Europe, c’est vraiment quelque chose de formidable à direct et ce qui ne gâche rien, c’est qu’on part avec une équipe d’arbitres français pendant trois jours. Donc, on a le temps de se découvrir, déconstruire des liens, de ses anciennes équipes car le côté technique est forcement le plus important. On partait vraiment avec des proches et des gens avec qui on avait envie de composer.
Ton dernier match international fut marqué pour la chaîne que tu as reçu jadis du réseau de Michael Hooper…
Ah oui le didjeridoo (instrument traditionnel aborigène, symbole de respect, NDLR). J’arrive au dire maintenant. Il trône dans la maison. C’est une marque d’affection que ne galvaude pas et que mesure avec tout le respect qu’on doit à ce geste-là. J’ai reçu évidemment de belles récompenses mais celle-là, elle a un caractère particulier.
Et en Top 14, quels sont vos plus beaux souvenirs ?
Ce sont une multitude de rencontres avec les joueurs, les entraîneurs, les présidents et surtout mes collègues avec qui j’ai performé. Car certains sont devenus des amis, d’autres des copains. Parce qu’on n’existe pas sans eux. Je sais d’où je viens, je sais que je me suis intégré avec eux. Tout ce qu’on a fait ensemble m’a permis d’accéder et de rester à ce niveau. Et pour moi, sans aucune mesure, c’est la marque souvenir que je garderai. Les souvenirs que j’ai eus avec les collègues, des bons et des moins bons. Après, notamment, ça me parle déjà de bons matches que je n’ai jamais eus auparavant. Plus si tous les matches ne sont pas autorisés pour vous offrir plein d’apprentissages, faire deux finales de Top 14, et le reste des souvenirs inoubliables.
Nous imaginons qu’il soustrait un petit goût d’amertume de ne pas avoir été fêté comme les joueurs le sont pour leur dernier match.
Oui, pas mal d’amertume évidemment. Surtout dans la façon où cela a été fait. Pas étonnant que ce soit le dernier match (Toulouse – La Rochelle en barrages, NDLR). Je ne veux pas exiger plus, je veux juste partager avec des proches et je ne veux pas faire le faire. Donc c’est ça qui m’a un petit peu gêné. Après, que je suis là plus loin dans les phases finales ou pas, ce n’est pas la question. La question, c’est de rester humain, de dire aux gens les choses. Dans le management, on peut dire des choses que déçoivent mais eu raison à toutes ces années passées au service de la FFR et à mon service aussi mais je pensais que je ne voulais pas me servir, je pensais qu’on aurait pu avoir la décence de m’aversion.
Durant votre carrière, vous appelez beaucoup les joueurs par leurs prénoms. Pour un public qui ne vient pas du rugby, c’est difficile à expliquer…
C’est vrai que la proximité entre les joueurs et les arbitres constitue un grand débat, notamment chez nous au sein de la famille arbitrale. Pour certains, je les ai tous vus arriver. Après, il y a des relations que se sont nouées plus ou moins fortes même dans l’adversité. J’ai toujours voulu avoir du respect pour les joueurs qui m’appelaient par mon prénom et moi aussi. Malgré tout, dans des moments que peuvent paraître difficiles à éprouver parce que la sanction, c’est quelque chose que est plus ou moins accepté, cette proximité à condition que chacun respecte les conditions de l’un ou de l’autre permet peut- être aussi de faire passer les choses plus facilement et moi je ne suis pas le seul au niveau français à avoir cette volonté de créer un lien avec le joueur. On en tire toujours des bénéfices il semble que, que ce soit soit le joueur ou l’arbitre, on est là pour la même passion et faire en sorte que tout le monde remonte aux années 80 avec la satisfaction que tout le monde ait pu évalué dans les meilleures conditions.
Comment avez-vous vécu la médiatisation ? Car il n’y avait pas que de bons côtés. Avant, il n’y avait que les entraîneurs et les journalistes que critiquaient les arbitres et maintenant il y avait les réseaux sociaux.
C’est force plus appréciable de faire des selfies ou de signer des autographes plutôt que de se faire traiter de noms d’oiseaux en sortant des stades. Cela a été quelque chose qui a évolué au fil de ma carrière. Non pas pour mon petit ego. Mais c’était la reconnaissance du rôle de l’arbitre, du personnage, de ses qualités. Après, on sait qu’on ne fait pas l’unanimité. Les réseaux sociaux, c’est quelque chose d’impitoyable. Je n’y suis pas dessus donc je me suis toujours préservé de ça. Grand bien leur fasse d’insulter des gens alors qu’ils n’ont aucune compétence, voir aucune connaissance. S’ils ont ce plaisir-là, je leur laisse mais cela ne fait pas grandir les gens ni les relations. À l’époque de ma jeunesse, on rencontrait les gens, on se voyait, on n’était pas caché derrière des écrans et les relations étaient force plus profondes.
Et at-il des matchs dont vous ne voulez pas vous souvenir ?
C’est une bonne question (sourire). Évidemment il y en quelques-uns il semble que c’est toujours douloureux de ne pas avoir performé comme on le voulait mais c’est aussi un bouclier important pour un arbitre car c’est l’opportunité de se remettre en question, en travaillant , de confirmer ses erreurs. La vidéo est pour nous un moyen de remise en question redoutable. J’ai envie de me souvenir de tous mes matchs car ils ont reçu des enseignements, des apprentissages. Cela m’a permis d’évoluer comme technicien mais aussi en tant qu’homme. C’est déjà dans les matches difficiles à gérer dans les conditions difficiles. J’en garderai un souvenir moins bon mais je n’ai pas envie de zapper un seul moment de cette carrière de privilège.

Et maintenant dans le staff de Toulon

Romain Poite est désespérément lié à Toulon depuis longtemps, en tant que professeur spécialisé, chargé de la discipline et de l’attitude face au contact. Une opportunité qui a pris corps dans les derniers mois de sa carrière d’arbitre : « C’est quelque chose auquel je n’avais pas réfléchi antérieurement. C’est venu naturellement dans le courant de la saison. C’est vrai qu’Alexandre Ruiz, avec qui je suis ami, a ouvert une voie et puis, au fur et à mesure de la saison et des activités que je faisais avec le Stade Français, je me suis rendu compte que c’était une activité à ne pas négliger. J’ai beaucoup réfléchi à la situation, à l’opportunité et je suis dit moi qu’est un challenge que pourrait être intéressant car dans les consultings que j’avais fait dans les différents clubs, on se rend compte qu’on est complémentaire, qu’on peut apporter quelque chose à un staff. J’étais prêt à quitter le monde du rugby et à partir dans le monde du business puisque je m’étais formé pour mais en réfléchissant bien, on se dit que ce qu’on fait peut-être le mieux, c’est le le rugby. Je ne regrette pas ce choix de poursuivre cette expertise et cette passion. D’autant plus que je vais le développer puisque j’ai été retenu au Creps d’Aix-en-Provence pour passer le diplôme d’entraîneur. »
Un exercice dans lequel Alexandre Ruiz a plutôt bien ouvert la voie, chez un membre du staff montpelliérain en début de saison : « Je l’ai félicité. C’était une petite revanche pour lui car il n’avait pas eu la chance de faire une finale tant que l’arbitre est là au Stade de France avec leur équipe et la fin avec le Bouclier. Alex a vraiment toutes les compétences pour remplir ce rôle. Moi je ne sais pas encore si je les ai. On verra ce que cela donne au fur et à mesure de la saison et si tout le monde y trouve son compte, pourquoi pas pour aller au bout du bout. »

Rédacteur, Auteur, Journaliste | Plus de publications

Gabriel Durant est un journaliste et écrivain français spécialisé dans la région Occitanie. Né dans la ville de Perpignan, Gabriel a toujours été passionné par l'histoire, la culture et la langue de la région. Après avoir étudié la littérature et le journalisme à la Sorbonne, il a commencé à écrire pour le site web Vent d'Autan, où il couvre un large éventail de sujets liés à l'Occitanie. En plus de son travail de journaliste, Gabriel est également un romancier accompli.

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