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Au coeur de l’hiver 1994, l’AS Muret reçoit l’AS Monaco d’Arsène Wenger et de ses futurs étoilés Emmanuel Petit, Lilian Thuram et Youri Djorkaeff. Un duel entre deux mondes, entre deux ballons.

« Un jour, alors que je couvrais la Coupe du monde 98 pour Canal +, je me suis retrouvé avec Arsène Wenger, séoul, dans le train retour de Saint-Etienne, raconte Dominique Armand, ancien milieu de terrain de Muret. Au fil de la discussion, j’en suis arrivé à lui dire :  »J’ai déjà joué contre vous il y a quelques années » ! »

À sa grande surprise, celui qui débutait sa longue pige sur le banc d’Arsenal était le souvenir de ce samedi 22 janvier 1994 au stade Clément-Ader de Muret.

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L’AS Muret découvrait cette année-là le National (3e division). Alors que la jeune équipe muretaine, composée en grande partie d’étudiants, luttait pour sa survie dans cette antichambre du monde professionnel, elle allait bientôt faire face à un monument du football français. Dans la 32e finale de la Coupe de France, c’est face à l’AS Monaco d’Arsène Wenger que les Haut-Garonnais allaient croiser le fer. « C’était l’entrée des pros. Je me rappelle, les quinze jours avant le match, on ne devait qu’à ça. J’ai même oublié le match de National entre-temps. Cette rencontre était un grand moment pour nous , pour la ville et pour le club. Un truc inexpéré », a déclaré Dominique Casagrande, le gardien muretain qui a enchaîné avec une belle carrière professionnelle du côté de Nantes, Séville ou encore du PSG.

« On se retrouve comme des pauvres types dans un gymnase où il fait froid. »

Si Muret évoluait à cette époque à un excellent niveau, l’écart entre les deux « AS » n’en demeurait pas moins important. C’est l’opposition de deux mondes, de deux footballs.

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Alors que Muret allait accueillir trois futurs champions du monde 98 (Petit, Thuram et Djorkaeff), le club du faire avec les aléas du football local. 3″C’est vrai que c’était un peu spécial cette dernière semaine, a reconnu Dominique Armand. Il disait :  »C’est fou demain on va jouer contre Monaco et on se retrouve là comme des types de pauvreté dans un gymnase de collège où il fait froid. » »

Mais où est Casagrande ?

Au mois de janvier 1994, il fallait faire avec le gel et la neige. D’autant que pour préserver « la meilleure pelouse du coin », le stade Clément-Ader était fermé. Cantonnés à trois séances par semaine, les jeunes muretains s’entraînaient parfois en salle, faute de mieux.

C’est le jour J. « C’était top, il y avait une ambiance de kermesse à Muret. Ce n’était pas malsain pour mettre la pression à Monaco. C’était plus la fête et la joie des gens de voir ces joueurs de près et d’espérer que leur petite équipe fanion fasse un truc », souligne le journaliste de Canal +. Et ce n’est pas la réception du grand Monaco qu’allait changer les habitudes de ce club familial, entre amateurisme et haut niveau. Pour l’occasion, la chaîne locale Télé Toulouse avait sorti l’artillerie pour ce qui allait être l’un de ses premiers matchs diffusés.

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L’idée, faire un sujet sur Casgrande. De plus l’intérêt principal reste introuvable. « Je me souviens qu’il voulait faire un truc sur moi le samedi avant le match, s’amuse le portier. Ils sont venus me chercher chez mes parents sauf que personne ne savait où j’étais. En fait, le samedi midi j « étais au McDo avec des potes, tranquille. Il y avait un décalage total. »

« Personne ne savait où j’étais. Le samedi, midi j’étais au McDo avec des potes »

Peut-être pas le meilleur moyen de préparer un match de football. « Vous avez bien compris ce qui s’est passé dans ma vie au vert. C’était rendez-vous au stade l’après-midi comme d’habitude. Parmi les aléas de la journée, il y avait la chasse au Casagrandeé », a ajouté Dominique Armand , rieur.

Enfin d’après-midi, l’AS Monaco débarque. Les deux anciens muretains se souviennent de la descente des joueurs vers le stade avec leurs « gros manteaux » et leurs « gros sacs », alors quelques jours avant, ils étaient eux-mêmes encore à la recherche de sponsors pour des équipements. « J’ai croisé le regard de Jean-Luc Ettori (gardien de Monaco) et je me suis dit :  »C’est incroyable tu vas jouer contre lui ce soir » », rappelle Dominique Casagrande. Pas le temps de trop réfléchir, le match commence et c’est sans complexes que Muret affronte Monaco. « Sur un coach, j’ai regretté Gérard Rabier, qui est capable de nous préparer à ça. Il savait utiliser la pression », a déclaré Dominique Armand.

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Les Muretains font douter les Monégasques. Dominique Casagrande a repoussé les assauts des hommes d’Arsène Wenger, jusqu’à craquer à la 71e minute sur une frappe de l’Alemand Jürgen Klinsmann.

« Peut-on nourrir des regrets ? Oui, pensai-je. Je me souviens de cette dernière occasion de Christophe Ajas, détournée du bout du pied par Jean-Luc Ettori, pour come a partout. Bon, sur l’ensemble du match il n ‘y a pas photo, on s’en sort bien au final. C’était super, on a joué, du début à la fin », raconte l’ancien gardien. Muret s’incline 1-0, le petit a tenu tête au gros et peut lâcher farouchement la Coupe de France. Et bien que la magie de cette compétition n’ait pas suffisamment ensorcelé le stade Clément-Ader ce soir-là.

Rédacteur, Auteur, Journaliste | Plus de publications

Gabriel Durant est un journaliste et écrivain français spécialisé dans la région Occitanie. Né dans la ville de Perpignan, Gabriel a toujours été passionné par l'histoire, la culture et la langue de la région. Après avoir étudié la littérature et le journalisme à la Sorbonne, il a commencé à écrire pour le site web Vent d'Autan, où il couvre un large éventail de sujets liés à l'Occitanie. En plus de son travail de journaliste, Gabriel est également un romancier accompli.

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