l’essentiel
Après les 20 ans d’emprisonnement requis par l’avocat général mercredi matin, Me Jean-Baptiste de Boyer-Montaigut et Me Eric Mouton ont plaidé plus 3 heures pour Joël Bourgeon, accusé du meurtre de Martine Escadeillas. Pour son acquittement mais pas seulement. Le tribunal délibère.

« Je réaffirme que je ne suis pas l’auteur de faits. Je ne suis pas l’auteur du meurtre de Martine Escadeillas. Je ne suis pas un meurtrier, ni un détrousseur de corps. Je clame haut et fort mon innocence ! » C’est en droit regardant dans les yeux la famille Escadeillas, et pour la première fois avec de l’émotion dans la voix, que Joël Bourgeon a conclu quatre journées d’audience éprouvées, ce mercredi 6 juillet devant la cour d’assises de la Haute Garonne.

Les jurons, une seule femme, enceinte, et cinq hommes sont retirés peu avant 17 heures pour « forger leur intime conviction ». Quelle est la rétention de ces audiences, souvent longues après-vente, chargées d’émotions et de défense, qui se donnent au bout d’un moment à battre plus de 3 heures ?

I Jean-Baptiste de Boyer-Montaigut attaque pour répondre aux accusations, et aux charges réunies contre leur client qu’après des aveux, lors de sa garde à vue le 23 et 24 janvier 2019, 32 ans après la mort de Martine Escadeillas le 8 décembre 1986 à Ramonville, s’est rétracté.

« Crédibiliser le douteux, douter du crédible »

Attaché au dossier, l’avocat prévient : « Je me suis concentré sur les deux premières instructions. Pas par goût de l’archéologie judiciaire mais parce qu’on y trouve les germes de son innocence. Et que le faisceau d’indices gravement défaillants heurte à des signaux tangibles et à des objectifs. »

Le témoignage de la voisine du 4e étage, le départ de Toulouse « qui n’est pas une réalité », les pistes mises de côté « parce que ne correspondant pas au témoignage de la voisine… » Et Me de Boyer-Montaigut dénonce : « Cette ultime instruction crédibilise le douteux pour douter de ce qui est crédible. Puis elle grave dans le marbre des aveux bâtis sur du sable mouvant psychologique et surinterprète les faits et gestes de Joël Bourgeon pour tenter de sceller un soupçon. En réalité, dans ce dossier, la construction d’une culpabilité à pris le pas sur la recherche de la vérité ! »

Plus rompu à la cour d’assises, Me Eric Mouton a commencé sur une interrogation : « Coupable ? Mais coupable de quoi ? Martine Escadeillas est-elle morte ce 8 décembre 1986. À Ramonville. Ailleurs ? At-elle a été enlevée. L’agresseur voulait-il la tuer ? Même dans ses aveux contestés, Joël Bourgeon ne le dit jamais. Et souvenez-vous, l’enquêteur qu’a réalisé les vérifications vous a dit : est-ce les coups ou la chute qui a tué Martine, je ne peux pas je lui dirai. »

« Des gesticulateurs plus coupables que des silencieux »

Une manière d’introduire la notion de droit des coups et blessures, au moins de la placer dans la tête des jurés. Une première mission suivie d’une opération digne de lance-flammes sur le faisceau d’indices, « des témoignages évolutifs » en passant par « les bijoux qui surgissent de nulle part et dont on fait une preuve de plus ». Ou des analyses psychologiques douteuses : « Je connais des pleureurs et des gesticulateurs bien plus coupables que des silencieux ! »

Me Mouton n’oublie pas, et c’est aussi une réalité de ce dossier, la difficulté de juger 35 ans après les faits. « Ce dossier a été rouvert à l’aune de la culpabilité de Joël Bourgeon. Il fallait étudier toutes les pistes, pas uniquement creuser celle de cet homme », s’agace l’avocat pour réclamer, comme son confrère, l’acquittement de Joël Bourgeon.

Le verdict est attendu pas avant 20 heures.

Rédacteur, Auteur, Journaliste | Plus de publications

Gabriel Durant est un journaliste et écrivain français spécialisé dans la région Occitanie. Né dans la ville de Perpignan, Gabriel a toujours été passionné par l'histoire, la culture et la langue de la région. Après avoir étudié la littérature et le journalisme à la Sorbonne, il a commencé à écrire pour le site web Vent d'Autan, où il couvre un large éventail de sujets liés à l'Occitanie. En plus de son travail de journaliste, Gabriel est également un romancier accompli.

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